17 Nov. 2010

Changer le collège, c'est possible !

Changer le collège, c'est possible !

Hélène Leroy, professeur documentaliste dans la Somme, membre du pôle enseignants de La Griffe de l’info, donne son avis sur l’essai Changer le collège, c'est possible ! de Jérôme Saltet et André Giordan.

Voilà 16 ans que j’enseigne dans un collège et que j’entends des critiques sur cette partie de la scolarité des élèves. J’aborde donc la lecture de cet essai avec intérêt et curiosité : quel collège idéal Jérôme Saltet et André Giordan nous proposent-ils ? Les premières lignes me mettent pourtant mal à l’aise : « l’Éducation nationale en France dégringole d’année en année ».

Sur quelles bases peut-on asséner une telle conclusion ? Il est facile de dramatiser… Les éléments objectifs justifiant cette prise de position tardent à venir : certes, 20 % des jeunes ne maîtrisent pas les compétences de base à la fin de leur scolarité, 150 000 élèves terminent leurs études sans diplôme et l’école ne donne plus le goût de l’effort ni le plaisir d’apprendre. Mais la situation du collège en 2010 ne fait pas l’objet d’un audit approfondi. On se contentera donc d’impressions générales.

Concernant maintenant les propositions pour changer le collège, les idées sont intéressantes même si certaines sont déjà en cours de réalisation. Les savoir-être et les savoir-faire, dont les auteurs souhaitent qu’ils aient une égale importance que les savoirs, sont pris en compte dans le socle commun et font partie des éléments évalués dans les séances pédagogiques notamment par les enseignants documentalistes. La fin des notes stigmatisantes est déjà en cours dans certains établissements et la validation des compétences du socle commun ou du B2i (brevet informatique et internet) nous emmène sur cette voie.

Des propositions sont réclamées, d’autre part, depuis longtemps, par bon nombre d’enseignants : la baisse du nombre d’élèves par classe, par exemple. Les auteurs reconnaissent que pour certaines activités comme les cours de langues ou l’accompagnement personnalisé, il faut des petits groupes d’élèves. Le collège idéal est à taille humaine : 200 élèves. Il y a aussi la refonte des programmes qui correspond à une tendance que l’on retrouve chez certains enseignants : centrer les apprentissages sur ce qui sera utile dans la vie, développer l’ « apprendre à apprendre », l’apprentissage des techniques de recherche d’informations, l’éducation aux médias... L’enseignante documentaliste que je suis ne peut qu’adhérer à ces propositions !

Ce que je retiendrai de ce collège idéal, c’est la possibilité de modulation, la liberté d’organisation, ce qui manque à coup sûr dans les collèges d’aujourd’hui : des conférences magistrales pour certains cours, des travaux en groupe, des semaines thématiques et surtout la fin du cours de 55 minutes… « Comment sublimer des sentiments ou faire émerger une émotion, un regard en le saucissonnant ! On souhaiterait préparer les jeunes au zapping et à la consommation débridée qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! ».

C’est aussi le changement du statut du professeur : l’équipe pédagogique décrite dans ce livre est assez éloignée de ce qui se pratique dans les établissements scolaires. C’est sûrement là la véritable innovation et la transformation la plus difficile à effectuer. L’enseignant est très présent pour l’aide aux élèves, il est davantage un accompagnateur qu’un professeur assénant un cours magistral.

Par contre, l’aménagement des lieux pour réaliser le projet de collège idéal semble réalisable. Amphithéâtre pour les conférences, équipements sportifs, ateliers ou centre de ressources existent souvent déjà. Les studiolos (salles de travail individuel), salles de travail en groupe ou salle de repos ne nécessitent pas d’investissements spécifiques.

En conclusion, le collège idéal ne me semble pas un collège révolutionnaire sauf peut-être du côté du statut des enseignants. Ce projet met en tous cas le doigt sur les priorités du collège de demain : changer le rapport des élèves au savoir, leur redonner l’envie d’apprendre, ouvrir le collège sur l’extérieur, donner aux élèves les moyens d’aborder de manière citoyenne la masse d’informations et le monde d’aujourd’hui. Personnellement, je me verrais bien, finalement, après la lecture de cet essai, enseigner dans ce collège idéal… ?

Éditions Playbac Éditions & Oh ! Éditions (18,90 €)