Ishmael Beah, enfant de la guerre
Le 12 février a été proclamé Journée internationale des enfants soldats. Ishmael Beah a été l’un de ces enfants armés pour tuer. Il avait à peine 13 ans. Voici son histoire.
Le jeune Ishmael voit le jour en 1980, en Sierra Leone (Afrique). Une guerre éclate : les combats atteignent son village en 1992. Ce garçon, qui aime le rap et coule une vie ordinaire, va perdre l’insouciance de sa jeunesse. Ses parents et ses deux frères sont tués. Pendant un an, il se cache dans la forêt. Il ne sait pas où aller. En 1993, il croise un groupe de militaires. Les soldats l’enrôlent dans leur troupe. Ishmael a 13 ans. « J’avais perdu tout ce qui m’était cher : ma communauté, mon village, ma famille. J’étais seul… À cette époque, je ne pouvais rien faire d’autre », explique-t-il.
Survivre
Les soldats deviennent sa nouvelle famille. L’adolescent a le sentiment de se sentir en sécurité avec eux. Et surtout, les hommes lui fournissent de quoi vivre. Ishmael n’est pas le seul enfant à être recruté. Avec ses nouveaux camarades, il apprend le maniement des armes.
Drogué pour tuer
Bientôt, Ishmael tue. « C’était la continuité de notre destruction que nous avions déjà vue commencer : être placé dans ce contexte de guerre, se battre, faire des choses que nous n’aurions pas pensé être capables de faire. » Les enfants sont drogués : du coup, enlever la vie à quelqu’un devient tout de suite plus facile. Ishmael poursuit : « On partait et on tirait sur les gens, on les tuait, et on faisait n’importe quoi… C’était les missions quotidiennes. Chaque jour était chargé de violence et de drogue. C’était devenu une réalité que j’acceptais, tout comme ceux qui étaient avec moi. C’était notre quotidien. Traumatisé et drogué. L’esprit n’enregistrait plus. On n’avait plus aucun remords. » Dans ce chaos, les enfants finissent même par se tuer les uns les autres…
Sortir de l’enfer
Ishmael Beah restera enfant soldat pendant près de 3 ans. Il sort de ce cauchemar à cause de l’augmentation du nombre d’enfants récupérés par les armées. Plusieurs associations humanitaires interviennent et Ishmael se trouve, un jour, sur le chemin de l’une d’elles. « Je ne voulais pas partir (…). C’était eux ma vie, pendant plusieurs années. Mais je suis parti car on ne m’a pas laissé le choix et j’étais habitué à obéir aux ordres. Mon commandant m’a dit : “ pars “, et je suis parti. » Ishmael est guidé vers un centre soutenu par l’Unicef, où il passe huit mois à se refaire une santé.
« Mon exemple peut servir »
Aujourd’hui, Ishmael Beah a 28 ans. Il vit aux États-Unis où il a été recueilli par une conteuse qui l’a adopté. Il est devenu ambassadeur de l’Unicef ; il a publié le récit de sa vie, qu’il raconte à qui veut l’entendre : « Mon exemple peut servir. J’ai décidé de parler pour aider ceux qui subissent cela et pour inciter les gens à faire encore plus pour les aider. Je pense que c’est un travail très important qui doit être fait, car on continue au moment même où je vous parle à utiliser des enfants dans les groupes armés. »
Flash
(Merci à l’Unicef pour les extraits de l’interview)




